Le Serpent de l'histoire

 
Que l’on soit pour ou contre la théorie de l’évolution, il faut quand même reconnaître que si le serpent du jardin d’Eden est symbolique, à bien des égards, celui de l’Histoire bégaye et se mord la queue. 
Le jour de Yom Kippour, à l’heure où tous les citoyens français de confession juive priaient pour la République et ses Valeurs, un homme de 27 ans réalisait en Allemagne un attentat à l'arme à feu contre une synagogue. Dans la vidéo de son attaque, qu’il filme et diffuse en direct, il se lance dans une violente invective antisémite, affirmant que « l’Holocauste n’a jamais existé » et que « les juifs sont à l’origine de tous les problèmes ». 
Les théories négationnistes sont nées avec la Shoah elle-même. Quant au fait d’affirmer que les juifs sont à l’origine de tous les problèmes, au Moyen Âge chaque épidémie, sécheresse, inondation ou épizootie entraînait immanquablement de violentes représailles. Chaque nouvelle catastrophe allumait les bûchers de ceux que l’on rendait responsables de tous les maux, accusés, notamment, d’empoisonner les puits, de connivence avec les lépreux. Il n’est que de s’en souvenir pour se convaincre que si la définition de l’évolution est une « transformation progressive », elle n’a pas pour autant le sens de « progrès », en tous cas pour la même frange (ou fange) de population qui, de siècle en siècle s’arroge la prérogative de détention de la vérité exclusive. 
Dans notre Languedoc, terre historique de cette civilisation de « convivencia » si chère à nos cœurs, on raconte qu’un père et son fils cheminaient ensemble dans leur vignoble. 
- Papa, demanda l’enfant, c’est quoi l’oïdium ? 
- L’oïdium, mon fils, c’est notre pire ennemi. C’est une maladie causée par un parasite qui s’installe sournoisement dans les parcelles, et qui prospère et se propage.  
- Et c’est grave ? 
- Tout est souillé. La pourriture grise s’installe. Les récoltes sont malsaines. Au lieu des arômes fruités, le vin développe des relents de moisi.  
- C’est déjà arrivé ? 
- Il fut un siècle où l’ensemble du vignoble a été contaminé, on a tout arraché, obligeant les populations à s’expatrier. 
- Mais maintenant c’est fini? Le vignoble est guéri ? 
- Hélas, mon fils, l’oïdium, est une maladie endémique. 
- C’est quoi une maladie endémique ? 
- C’est une maladie qui est toujours présente, rampante, tapie, attendant le moment propice pour attaquer à nouveau. On traite l’oïdium, mais on n’en vient pas à bout. 
- Mais alors, qu’est-ce qu’on peut faire ? 
- Tu vois ces rosiers, que j’ai plantés en tête des rangées de vignes ? Et bien ce sont nos sentinelles.Malgré leurs différences, la vigne et le rosier sont semblables, et sujets aux mêmes maladies. Mais le rosier étant plus sensible, il sera la première victime. Ainsi, dès que l’on décèle les premiers signes sur les rosiers, on sait qu’il est urgent d’intervenir pour sauver la vigne. 
- Alors même les plantes se font attaquer, comme les animaux ?  
- Oui mon fils, mais le monde le plus impitoyable est encore celui des humains. Mais les humains ont aussi leur sentinelle, c’est le peuple juif.  
- Le peuple juif ? 
- Oui, vois-tu, tout comme le rosier, quand le peuple juif est implanté dans une terre, si elle est saine, il s’épanouit. Mais s’il subit des attaques et qu’il dépérit, c’est le signe qu’il faut agir très vite, car tout ce qu’il y a de noble dans la société est menacé.