LE GRAND PARDON 
L’image que les non-juifs se font des juifs est souvent façonnée par celle que peuvent renvoyer des films tels que « La vérité si je mens », « Ils sont partout », et autres « Rabbi Jacob », largement « commis » d’ailleurs, par des réalisateurs juifs ou d’origine, tels Gérard Oury, Yvan Attal, ou Alexandre Arcady à qui l’on doit le fameux « Grand pardon ». 
Sorti en salle en 1982 (1992 pour le deuxième opus), le film raconte l'histoire du clan Bettoun une famille de caïds de la mafia juive pied-Noire. 
"Aujourd'hui c'est Yom Kippour, le jour du grand pardon, où tous les juifs pardonnent à ceux qui leur ont fait du mal. Tous les juifs sauf un. Moi ! Moi, je ne pardonne pas". 
Cette réplique-culte de Maurice Bettoun à la fin du film aura marqué les quelques deux millions de spectateurs, popularisant à jamais cette fête juive.  
Ainsi le « grand pardon » a-t-il rejoint la nourriture casher, la circoncision ou la bar mitsvah, au catalogue des clichés sur le judaïsme. 
Mais, pour les intéressés, que signifie exactement Yom kippour ? 
Si je vous dis qu’en plus de s’abstenir de boire et de manger pendant 25h, certains font le jeûne de la parole, ce qui suppose de s’abstenir de prononcer un seul mot pendant le même laps de temps, et si j’ajoute qu’il faut surmonter son ego pour demander pardon, vous allez me dire que cette image toute empreinte d’humilité et de retenue semble incompatible avec celle que donnent, précisément, certains de ces films, du juif extraverti, « boutiquier », et doté d’une vitalité exubérante et surdimensionnée. 
Ce serait oublier que Yom Kippour est le jour le plus saint et le plus solennel de tout le calendrier juif, au point que même les juifs non pratiquants se pressent en ce jour, dans les synagogues.  
Il commémore un « épisode » relaté dans le livre biblique de l'Exode. Alors que Moïse a gravi le mont Sinaï pour recevoir les Tables de la Loi, les Hébreux façonnent une idole à laquelle ils donnent la forme d’un veau d’or. De colère, Moïse brise les Tables de la Loi puis remonte au sommet de la montagne afin d’implorer le pardon divin pour son peuple. Le jour où Moïse redescend de la montagne après avoir obtenu le pardon est devenu Yom Kippour, le jour de l’expiation. 
Toutefois, si, à Yom Kippour, les péchés commis envers Dieu sont effacés, cela n’efface pas pour autant ceux qui ont pu être commis envers les hommes. 
Pour cette raison, il est de coutume de résoudre les conflits et disputes pendant la période des dix jours entre Rosh Hashana et Yom Kippour, et au plus tard la veille du jeûne. Un pardon sincère est demandé pour les torts que l’on a pu causer, et de même, il est attendu en retour un pardon donné de bon coeur.  
Certains ont pris l’habitude d’envoyer des sms ou des mails groupés pour solliciter le pardon de ceux qui sont éloignés. 
Pour notre part, nous préférons vous offrir quelques vers du poème de Yaacov Ben Denoun (dont vous trouverez facilement le texte intégral sur internet). 
MEHILA (Pardon) 
Mehila 
A ceux que j’ai mal aimés, ou insuffisamment, ou sans allant. 
A ceux que j’ai mécontentés, et qui peuvent m’en vouloir, 
Qui se sont sentis touchés par mes paroles, mes postures, mes faiblesses.  
Mehila 
Aux malades que je n’ai pas visités, aux parents qui m’attendaient, 
A ceux à qui j’ai refusé un geste de justice, un don ou une offrande, 
A ceux que j’ai laissés seuls, sans secours, sans affection.  
Mehila 
Aux amis que j’ai déçus, à ceux qui espéraient de moi plus qu’une consolation, 
A ceux qui cherchaient ma présence, à ceux qui me guettaient du regard, 
A ceux qui dans le silence découvraient l’absence et la prière insatisfaite.  
Mehila 
De ne pas avoir la ressource de vous aimer plus fort, 
Mes amis, mes soleils, mes compagnons du jour, 
De vous porter ombrage en désespérant encore.  
Mehila 
A mes enfants qui m’espéraient tout autre, 
Pour la tendresse maladroite qui restait dans mes yeux, 
Pour ces mots de douceurs qui entravaient ma voix.  
Mehila 
Pour ces chants qui ne sont plus, pour le passé des passions, 
Pour tous ces rires diffus, pour ces traces d’émotion. 
Je vais encore vous dire, le plus tendrement du monde, 
Ce mot de l’affliction qui deviendra la joie.  
Mehila, à tous, Mehila.  
 
Yaacov BEN DENOUN  
 
GMAR HATIMA TOVA 
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